Sur l’abandon

Quand est-il souhaitable d’abandonner quelque chose ? L’abandon n’est-il pas une manifestation de lâcheté, de paresse, de manque d’efforts ? Est-il envisageable d’abandonner une chose, un projet, dans lequel vous vous êtes engagé publiquement ?

Toutes ces questions me viennent à la fois, malgré le fait que ma décision soit prise d’abandonner, dès maintenant et alors qu’il avait à peine un mois d’existence, le projet des 365 jours en photos.

Vous êtes vraiment peu nombreux à me lire et à me suivre mais, malgré cela, je me sens tout de même redevable d’une explication.

L’essentiel de la démarche était de m’obliger à prendre ma caméra à chaque jour et à travailler à faire au moins une image. C’est simple, non? J’écrivais dans l’article Parce qu’il faut des projets « L’objectif ici est de forcer le travail, de répéter les gestes, mais surtout de regarder, avec un oeil nouveau, les choses et les situations banales du quotidien et des les interpréter en photographie. » Il y a pourtant dans ces quelques mots tout ce qui maintenant me semble un piège.

D’abord, je prends ma caméra à tous les jours, je n’ai pas besoin d’un projet pour ça, elle m’accompagne partout. Ensuite il y a une dimension d’obligation, de travail forcé qui me tarabuste sans cesse. Il y a dans la recherche d’une image, une seule pour chaque journée, une démarche qui me semble contre productive, à tout le moins contre-intuitive. J’en viens à penser à l’image du jour, plus intensément qu’au sens que je souhaite donner à la session de photos. Le résultat des 365 jours en photos: des images de qualité très diverses, certaines que je n’aurais probablement pas publiées, mais surtout des images dénuées de sens, des images qui ne véhiculent rien. Ce sont des photographies sans contexte apparent, sans liens entre elles mais qui, pourtant, ont été prises dans des lieux concrets, avec une ou des intentions précises, dans des situations signifiantes qui, en soit, sont plus importantes que la simple photographie qui constitue la photo du jour.

There is nothing worse than a sharp image of a fuzzy concept.
— Ansel Adams

Ce que je tente de de vous communiquer c’est que la photographie est un art qui, pour moi, est un « raconteur » d’histoires et d’émotions. Une photo par jour, isolée des autres, ne réussit pas à raconter une histoire, pire encore elle peut la miner lorsqu’elle sera enfin racontée. C’est à ce point vrai que, même dans une séance de portraits pris en studio, nous conservons une foule de photos pour en choisir un certain nombre qui traduiront à la fois l’ambiance de la session, l’intention du photographe ou celle du modèle. C’est aussi le cas pour un mariage, pour un reportage, pour une simple sortie en ville. Or, le projet ne sert pas mon ambition de raconter des histoires, de relater des faits, de transmettre des émotions. En ce sens c’est un « fuzzy concept » que j’abandonne sereinement. Simplement pour mieux raconter des histoires.

Texte et photo © 2014 OLNEY