Blues d’hiver

Wind chill’s minus 30
Must be minus 40 in here
I’ve got icicles in my coffee
There’s a narwhal sitting in my chair
— Matt Andersen, The Canadian Winter Blues

Ça prenait cette journée lumineuse pour que je laisse enfin ma chaise au narval et que je secoue le blues qui m’habite depuis la fin de l’année. Oh, ce n’est pas un blues généralisé; du genre déprime par exemple, mais j’ai l’impression d’avoir constamment froid… alors je m’emmitoufle et je cuisine. Comme ça le four est toujours allumé et j’y réchauffe ma carcasse.

À tous les jours l’envie de sortir me prend et je le fais régulièrement. À chaque fois cependant, je ne vois rien… rien de beau, rien qui me donne envie de le prendre en photo. Tout me semble gris, sale, sans éclat. J’essaie ceci, je tente cela et, de retour à la maison, je bute sur le développement des photos. Elles ne me disent rien, elles manquent de contraste, inanimées, lourdes. Soit c’est le blues de l’hiver, soit c’est le manque d’inspiration qui m’assaille.

Aujourd’hui cependant! Quel soleil! Je me suis donc mis en train, en bon “travaillant”. Une partie de moi y allait par obligation (faut bien travailler après tout, alors bottes-toi le c…) l’autre partie y allait gaiement, le coeur en joie de tant de soleil.

Quiconque fait de la photo sait bien que trop de lumière c’est comme pas assez… ça pose des problèmes. Belle occasion de faire les choses différemment; choisir un objectif moins lumineux, travailler avec la compensation d’exposition, pousser les vitesses, travailler en mesure spot…

Après 10 minutes, je suis retourné à l’auto. Mais non, pas pour rentrer! Simplement pour y laisser mon sac et tout le fatras qui ne me serait pas nécessaire. Je suis reparti avec la XF 55–200mm f/3.5–4.8 sur mon XT–1. Rien que ça autour du cou, rien d’autre. J’en étais bien heureux, comme ça j’avais les mains libres pour les réchauffer par tous les moyens possibles et je n’avais pas besoin d’enlever mes gants pour fouiller dans mon sac. Je me suis tout de même gelé un petit doigt. Le même qui gelait, tout gamin, à toute les fois que j’allais jour au hockey au parc. Petite nature…

C’est fou ce qu’il y a de monde au parc Jacques-Cartier en plein après-midi. Plusieurs d’entre eux, de toute évidence, ne souffraient pas du même blues que moi et allaient gaillards et gaillardes, le sourire aux lèvres et le verbe haut. Non mais… ais-je manqué quelque chose depuis le début janvier?

Quoi qu’il en soit, la vue m’est revenue soudainement… normal, je ne sentais plus mes oreilles. Simple phénomène de compensation sensorielle, sans doute. C’est fou, tout était beau. Peut-être pas pour vous, c’est une question de goût personnel. Mais pour moi, c’était le pied. Je me suis amusé pendant deux heures et, sans ce froid mordant et avec un bon café (pour y tremper mon petit doigt), j’y serais retourné. Pas de café cependant et le froid persistait; je suis rentré.

Évidemment plusieurs des photos sont lumineuses. Même avec cet objectif pas très rapide, certaines exigeaient des vitesses supérieures à 4000e/sec en pleine ouverture. En voici un premier aperçu… et il y en a bien d’autres! Je vais sûrement avoir moins froid à compter de maintenant.

Texte et photos © 2015 OLNEY