Mon amour atlantique

J’avais des souvenirs intenses et très précis de ma première visite à l’Île-du-Prince-Édouard, en 1984. Des lambeaux épars, pas très bien organisés, mais terriblement vivants; les dunes de Stanhope, le plus gros homard que j’ai mangé de toute ma vie, le port de North Rustico et un reste de la sensation enivrante que procure de grands espaces. J’avais beaucoup aimé l’Île, même si je n’y suis pas retourné de toutes ces années.

Je me demandais ce qu’il resterait de mes souvenirs alors que j’allais, 31 ans plus tard, les confronter à la réalité. Malheureusement, je n’étais pas préparé à ce que j’allais vivre. On ne peut jamais être préparé à tomber en amour. Ça vous frappe comme un train, c’est tout, comme une vague déferlante dans ce cas-ci, et vous laisse le souffle coupé.

Car je suis tombé en amour. Encore une fois.

Mais c’est différent cette fois-ci. Il ne s’agit plus de l’amour impétueux de la jeunesse, mais d’un amour plus… mature, disons. Moins exigeant, plus serein, capable de composer avec les légers défauts de l’autre et qui accepte de laisser paraitre les siens. Car l’Île a ses petits défauts, bien sûr. Et sa beauté est particulière; elle ne se révèle réellement qu’à ceux qui le souhaitent.

Je ne crois pas que j’étais prêt, la première fois que je l’ai visitée, à apprécier vraiment tout ce que l’Île-du-Prince-Édouard a à offrir. Mais elle avait tout de même laissé sa marque dans ma peau et mon coeur. C’est dans cette marque, directement sur les vestiges de la première cicatrice qu’elle a facilement retrouvée, qu’elle a laissé cette fois-ci une empreinte ineffaçable.

Si je tenais un blogue de voyage je vous parlerais évidemment de la beauté des paysages, de la magnificence des lieux, des falaises et de la terre rouge, des champs de colza, d’avoine ou de pommes de terre à perte de vue, de la simplicité des villages et des demeures centenaires où manger ou dormir, de l’hospitalité des habitants et de la qualité des services offerts dans les lieux d’hébergement et de services, voire de la propreté inégalable de l’Île.

Mais je ne suis pas blogueur de voyage.

Tout ce que je peux vous partager c’est une sensation, un sentiment, quelque chose de viscéral qui tient à la fois à tout ce que je viens d’énumérer, mais aussi à quelque chose d’autre d’impalpable, d’évanescent, de profond. Le sentiment que l’Île est pour moi. Littéralement. Qu’elle m’attend!

 

I had intense and vivid memories of my first visit to Prince Edward Island in 1984. Scattered shreds of memory, nothing organized but all very much alive; the dunes at Stanhope beach, the biggest lobster I've eaten in my life, the North Rustico Harbour and the intoxicating feeling you get by looking at a landscape so vast you can not grasp it entirely. I loved the Island, although I have not been back all these years.

I wondered what would be left of my memories as I was about, 31 years later, to confront reality. Unfortunately, I was not prepared for what I was going to live. You can never be prepared to fall in love. It hits you like a train, like a breaking wave in this case, and leaves you breathless.

Because I fell in love, once again.

But it's different this time. It’s not the impetuous love of youth but a love which is more... let’s say mature. It is less demanding, more serene, able to cope with the flaws of the loved one and reveal its own. Because the Island has its flaws, of course.

I don’t think I was ready, the first time I visited, to really enjoy what Prince Edward Island has to offer. But it had left its mark on my skin and my heart. It is directly on the remains of the first scar, easily found, that it left, this time, an indelible mark.

If I held a travel blog I would write about the beautiful scenery, the magnificence of the places, the cliffs and the red earth, the fields of canola, oats or potatoes that goes farther than your eye can see, about the simplicity of villages and ancient houses where you get to eat or sleep, of the hospitality of the inhabitants and the quality of services offered in accommodations and services, or even the incomparable cleanliness of the Island.

But I'm not a travel blogger.

All I can share with you is a feeling, a hint, something visceral which has to do with everything that I just listed, but also with something impalpable, evanescent, deep. The feeling that the Island is for me. Literally. That it is waiting for me.

Texte et photos © 2015 OLNEY