Sherbrooke

L'hiver s'accroche

OLNEY-hiver-accroche.jpg

Les traces de l'hiver s'accrochent partout. Un peu de lumière du printemps, ici et là, trop peu pour s'en contenter.

Braver la grisaille omniprésente, mettre le nez dehors autant que possible, c'est peut-être la seule façon de composer avec ce que la nature nous offre.


Texte et photos © 2018 OLNEY

Propos éparpillés II | DOUTE

Ceci est le second des courts articles initialement prévus pour n'en constituer qu'un seul. Le premier traite d'inspiration, le troisième de musique.

DOUTE

Il y a également ce fameux passage à Capture One. L'application est passée, de façon un peu inattendue, de la version 8 à la 9. J'ai tellement travaillé à assimiler le fonctionnement de cet outil et à personnaliser l'interface et les raccourcis qu'il est maintenant bien en main. Pourtant, un doute subsiste; éditer les photos est devenu tellement rapide avec CO9 que je me demande à chaque fois si je n'ai pas loupé des étapes. C'est fou, non? Alors je démarre Lightroom, pour des fins de test d'une certaine façon, de comparaison à tout le moins et j'arrive difficilement à y recréer ce à quoi je suis parvenu avec CO9. Il manque toujours un petit quelque chose que je n'arrive pas à reproduire. Du temps perdu, finalement.

Et il y a le nouveau moteur de rendu intégré à cette version 9. Je ne sais pas ce qu'en disent les autres utilisateurs, je n'ai rien lu ni rien cherché à ce sujet, mais il me semble, personnellement, un peu trop chargé en réduction du bruit et en netteté, du moins dans ses configurations par défaut. C'est comme si les photos étaient déjà un peu trop développées. C'est subtil, mais c'est là. Ça m'oblige a réduire l'effet de certains ajustements, de revenir à zéro dans certains cas et de faire des allers-retours qui, au final, créent le doute. C'est particulièrement le cas avec la réduction de bruit, la netteté et la clarté. Suis-je le seul à avoir cette impression?

Reste que c'est fatigant ce doute constant, car au final, ça allonge le processus plutôt que de le simplifier. Si en plus je dois développer les fichiers deux fois pour être satisfait... je ne suis pas sorti du bois.



This is the second of the short posts originally planned to be one. The first deals with inspiration, the third music.

DOUBT

There is also that switch from Lightroom to Capture One. There was an unexpected upgrade from version 8 to 9. I've worked hard to learn how to properly use this tool and customize the interface and shortcuts in a way that suits my process. Still, some doubt lingers; editing photos has become so fast with CO9 that I wonder, each and every time if I have not missed a step or two. It's crazy, right? So I open up Lightroom, for testing purposes in some way, and I hardly, and rarely, succeed at recreating what I managed to achieve with CO9. There's always something missing, something in the overall tonality that I can't reproduce. I simply lost my time, finally.

And then, there is the case of the new rendering engine built in this version 9. I don't know what other users are saying about it, I have not read anything nor sought to find anything, but it seems to me, that it's a little overloaded with noise reduction and sharpness, at least in their default configurations. It is as if the pictures were already too developed. It's subtle, but it's there. That forces me to reduce the effect of certain adjustments, returning to zero in some cases and make round trips which ultimately create doubt. This is particularly the case with noise reduction, sharpness and clarity. Am I the only one with that impression?

Still, this constant doubt gets tiring. In the end, it lengthens the process rather than simplify it. I have to develop the files twice to be satisfied ... I'm not out of the woods yet.

Propos éparpillés I | INSPIRATION

Comme le titre le précise, je parle de tout aujourd'hui... et de rien diront certains. En fait, ce que je publie aujourd'hui devait tenir en un seul article. Un seul post devenu trop lourd par l'ajout des photos et de quelques fichiers musicaux que je tenais à vous faire entendre. Le tout se transforme donc en 3 courts articles portant sur des aspects qui ont marqué cet étrange hiver 2015-2016.

INSPIRATION

Une des choses qui ont fait de cet hiver une étrangeté, outre la température, est le manque d'inspiration. Habituellement, je suis assez inspiré par les couleurs de l'hiver et par les délicates nuances des blancs et des gris. Imaginez-vous, forêt de bouleaux noirs et lourd couvert de neige dans une lumière blafarde, sous un ciel gris. Personnellement, j'adore. J'aime bien quand on ne sait plus trop si la photographie est en couleurs ou en noir et blanc. Mais cet hiver, rien. Pas de magie, pas même d'envie de photographier l'hiver. C'est non seulement une incapacité à créer ou à imaginer qui me bloque actuellement, mais aussi une peur viscérale que ça ne revienne jamais. Je sais que ça me revient régulièrement à ce temps-ci de l'année, mais cette fois, c'est plus lourd à porter qu'habituellement.

Pour stimuler un peu la création, j'ai testé toute sorte de configurations nouvelles pour les fichiers JPEG (je shoote toujours RAW+FINE et choisis de traiter le RAW ou le JPEG par la suite); annuler complètement la réduction de bruit, adoucir les ombres, forcer les hautes lumières, modifier les balances de blancs... puis "tout revirer ça de bord". D'une façon ou d'une autre, je suis peu satisfait des résultats que j'obtiens actuellement, alors je me retrouve à toujours développer les RAW. Au final je suis revenu à ma configuration fétiche: Ombres +2, Hautes lumières 0, NR +1. Il n'y a que la Netteté avec laquelle je joue toujours et, si les photos de cet article sont à +2, il reste que j'ai maintenant tendance à passer à -1, voire -2. On verra si ça tient la route. Le tout en Classic Chrome, toujours... encore que, il y a des jours...



As the title states, I talk about everything and anything today... some will say nothing. In fact, this was supposed to be a single post. One post to rule them all. But by adding pictures and music files I wanted you ear, it became way too heavy. I simply transformed it into three short articles about things that marked this strange 2015-2016 winter.

INSPIRATION

One of the things that have made this winter a strange one, beside weather, is the lack of inspiration I experienced. Usually I'm quite inspired by the colors of winter and the delicate shades of white and gray. Imagine a forest of black birch trees, a deep and heavy snow covering under a wan light and gray sky. I love that. I like it when it gets difficult to tell black and white and color photographs apart. But this winter, nothing. No magic. Didn't even want to photograph winter.

It's not only the inability to create or imagine that is currently blocking me, but the visceral fear that inspiration will never come back. I know this feeling regularly comes back to me at this time of year, but this time, it is harder to bear than it is usually.

To stimulate the creation process a bit, I tried all kinds of new settings (I always shoot RAW + FINE and chose to treat RAW or JPEG afterwards); I completely canceled noise reduction, soften the shadows, forced the highlights, changed the white balance ... and then, changed everything once again. Whatever results I got, I was unhappy, unable or not willing to rely on the jpeg files. In the end I went back to my favorite configuration: Shadows +2, Highlight 0, NR +1. I still play with Sharpness and even though the photos in this article are at +2, I now tend to move to -1 or -2. We'll see if it holds up for a while. All along with the Classic Chrome sim, like always... although there are days...


Texte et photos © 2016 OLNEY

Sherbrooke, 1976

Comment j'en suis venu à la photographie

Sherbrooke, c’est ma ville! Je n’y suis pas né, je suis natif de Danville, mais ça, c’est une autre de mes histoires d’amour que je vous raconterai peut-être.

J’ai passé les cinquante dernières années à Sherbrooke. Élevé dans l’est. Ceux qui ont mon âge savent qu’à l’époque ça définissait en bonne partie qui l’on était et qui l’on pouvait espérer devenir. L’identité s’affirmait, à peu de choses près, dans trois ou quatre lieux incontournables de la vie d’un jeune garçon; la patinoire, le terrain de baseball, le parc et la cour d’école. Les réputations s’y faisaient ou y étaient détruites à jamais. Manque de chance, je n’étais vraiment bon qu’à l’école.

J’ai tout de même réussi à y faire mon chemin, sans éclat certes, mais aussi sans être mis au ban de cette petite société. Sans en faire partie tout à fait, parce qu’il le fallait, parce que c’était tout ce qu’il y avait. Je l’ai fait en fréquentant les lieux obligés, en connaissant les rites et en observant les coutumes, en pouvant en raconter les légendes et rapporter les potins, en étant capable de reconnaitre ceux qu’il fallait reconnaitre et, surtout, en étant en mesure de lire les évènements, les humeurs, le climat, pour me « pousser » si les choses menaçaient de se gâter. Une vie d’adolescent normale pour l’époque; un peu plate, avec l’impression d’un avenir bouché et l’éternel sentiment de n’être nulle part à sa place. Rien de neuf. En fait, je n’attendais qu’une chose; la fin des études secondaires.

Finir le secondaire c’était comme accéder au Valhalla. Pour moi, c’était enfin passer à autre chose, car je savais que peu de mes collègues continueraient à étudier et, même si le collège était dans mon quartier, j’avais tout de même l’impression d’en sortir, enfin. Ça devenait d’autant plus important que, au cours de ma dernière année du secondaire, j’avais découvert quelque chose de neuf et de vieux à la fois, d’archaïque et de contemporain à la fois, quelque chose que je ne pouvais pas partager avec mes copains, quelque chose qui, dans ma tête d’ado, m’aurait mis sur la touche; l’art. Tout l’art. La poésie, la peinture, le dessin, la littérature, l’architecture la sculpture, la musique. Je découvrais tout, j’explorais tout, à une vitesse incroyable et avec une faim de loup, étendant mes découvertes au cinéma, au théâtre et à la danse. J’y cherchais une échappatoire, une place, ma place. Elle s’est présentée par le plus fortuit des hasards.

Il y avait avec nous, en 5e secondaire, un étudiant qui terminait quelques cours et qui nous venait d’une autre école, d’une école qui offrait de bizarres de programmes « artistiques ». Nous retournions à la maison ensemble quelquefois, bavardant de tout et de rien. Aux beaux jours de printemps, juste avant la fin des classes, il se mit à venir à l’école avec un drôle de joujou. Un appareil photo comme je n’en avais jamais vu, quelque chose qui me semblait au moins aussi complexe qu’un microscope ou qu’un théodolite. Je l’observais intrigué et envieux, mais je n’osais pas y toucher. Ici il se reconnaitra peut-être, mais je prends tout de même la liberté de le nommer compte tenu de l’importance de cette brève rencontre dans ma vie; son nom est Guy Kinkead.

Au tout dernier jour du secondaire (je partais pour le Maine dès le lendemain, sur le pouce évidemment), nous nous sommes arrêtés tous les deux au coin de La Bruère et de la 10e avenue, à deux pas de chez moi. Il y avait en ce temps-là un grand Christ en croix, aujourd’hui disparu. Guy en avait déjà fait une photo, magnifique, qui était parue l’année précédente dans un album des finissants de l’option Art et Communication de l’école Montcalm.

C’est devant ce Christ en croix que, pour la première et la dernière fois, Guy a simplement déposé l’appareil dans mes mains, m’a laissé regarder par le viseur et s’est mis en vaine de m’expliquer comment faire la mise au point. J’étais subjugué, accroché, séduit par ce que je voyais et par cette machine intrigante que je tenais dans mes mains malhabiles.

À mon retour d’une semaine à la mer, je me suis mis à travailler en attendant le début des cours au collège. Avec ce que j’avais réussi à mettre de côté, je me suis acheté un Canon AE-1, modèle qui venait à peine de sortir. Il a rendu l’âme 11 ans plus tard, à Bourges. J’ai pris ma toute première photo avec cet appareil, les deux premiers rouleaux de film en fait, au parc Victoria. J’y suis retourné ce matin, pour la première fois en 40 ans et j’ai été frappé par l’aspect spartiate, quasi soviétique de l’ensemble.

Je n'ai plus jamais revu Guy, malheureusement. Je le remercie aujourd'hui.


FUJIFILM X-T1|  XF 18-55mm f/2.8-4


How I came to photography

Sherbrooke is my home! I was not born there though, I am a native of Danville, but that is another of my love stories that I may tell you about, one day.

I spent the last fifty years in Sherbrooke. Raised in what we call « the east ». Those who are my age know very well that, at that time, coming from « the east » largely defined who we were and what we could hope to become. Identity was built in three or four essential places in the life of a young boy; the ice rink, the baseball field, the park and the schoolyard. Reputations were made or destroyed for ever in those places. No luck, school is the only thing I was good at.

I still managed to make my way through, undistinguished of course, but without being ostracized from this small society. Inhabited by the sense of not belonging entirely, just because I had to, because that was all there was. I manage to do it by hanging in the right places, by knowing and observing the rituals and customs, by being able to tell the legends and report the gossips or by being able to recognize those you absolutely had to recognize. Most of all, I had the ability to read the unfolding events, decipher the moods, fell the climate, so I was able to escape if things threaten to turn bad. All in all it was a normal teenage life for that time; a bit dull, with the impression of a blocked future and an eternal feeling that I did not fit anywhere. Nothing new here. In fact, I was expecting one thing only; the end of secondary school.

Finishing high school was like accessing Valhalla. I could finally move on. I knew most of my colleagues would not continue to study and, even if college was in my neighborhood, I still feel like I was going away, finally. It had become that much more important to me that, during my last year at high school, I had discovered something both old and new, archaic and contemporary at the same time, something that I could not share with my friends because I was convinced, in my little teenager’s head, that it would have sidelined me; Art. All forms of art. Poetry, painting, drawing, literature, architecture, sculpture, music. I was discovering everything and I was exploring every aspect at an incredible pace and with an insatiable appetite, extending my interests to cinema, theater and dance. I realized I sought an escape, a place, my place. It presented itself by the most fortuitous of coincidences.

A new student was among us for Secondary 5 to complete some courses. He came from another school, a school that offered bizarre « artistic » programs. Once in a while we returned home together, chatting and having fun all the way. Come spring, just before the end of school, he began to come to school with a funny toy. A camera of the kind I had never seen, something that seemed to me as complex as a microscope or a theodolite. I watched intrigued and envious, but I did not dare touch it nor ask to. At this time of the read he may recognize himself, nevertheless I take the liberty to name him, in light of the importance of this brief encounter in my life; his name is Guy Kinkead.

On the very last day of school (I was off to Maine the next day, hitchhiking of course), we stopped at the corner of La Bruère street and 10th Avenue, close to home. There was a big wayside cross on that corner at that time, it’s now gone. Guy had already done a gorgeous photo of it that got published the year before, in the Art and Communication yearbook of Montcalm school, where he used to go.

It’s beside that huge crucifix that, for the first and last time, Guy simply put that magnificent device in my hands, let me glance through the viewfinder and explain me how I was to put what I was seeing in focus. I was captivated, hooked, seduced by what I saw and by this intriguing machine in my clumsy hands.

When I returned from a week on the Maine beaches, I started working, waiting for the beginning of classes in college. With every penny I had managed to save, I bought myself a Canon AE-1 that had just come out. It died on me 11 years later, in Bourges. I took my very first picture with this camera, two rolls of film in fact, in Victoria Park. I went back there this morning for the first time in 40 years. I was struck by the spartan aspect, almost soviet look of the setting and I share it with you today.

I have never seen Guy again, unfortunately. I thank him today.

 

Texte et photos © 2015 OLNEY


40 pas - 40 steps

On a souvent tendance à nous émerveiller devant des photos de lieux exotiques, d'endroits inaccessibles ou d'objets insolites en nous disant "Ah... si seulement j'avais accès à ça!" Ce faisant, on oublie facilement la beauté des choses qui nous entourent. Pire même; on oublie de les regarder.


TOUTES CES PHOTOS ONT ÉTÉ PRISES DANS UN RAYON DE 40 PAS, À LA CENTRALE ROCK FOREST À SHERBROOKE QC

THESE PICTURES WERE TAKEN WITHIN 40 STEPS IN ANY WAY AT ROCK FOREST CENTRAL IN SHERBROOKE QC


We often tend to marvel at pictures of exotic places, inaccessible spots or unusual objects by saying "oh ... if only I had access to that!" Doing so we easily forget the inherent beauty of the things around us. Worse than that, we forget to look at them.

Texte et photos © 2015 OLNEY